


La vie est faite de rêves, d’espoirs et de projets et lorsque certains de ceux-ci sont sur le point de se réaliser notre cœur se met à battre la chamade et une étrange émotion nous envahit.
C’est ainsi que j’ai gravi le sentier portant au joli chalet de Carla Angster, notre couturière, sachant que j’allais découvrir le costume d’Antey enfin réalisé après plus d’un an de recherches et de travail. Une certaine appréhension aussi m’accompagnait: allait-il correspondre à tout ce que nous avions imaginé? Mais quand je l’ai vu pour ma première fois sur le mannequin, j’ai tout de suite compris que la réflexion et le temps nous avaient donné raison : il était superbe, couleurs et tissus magnifiques, coupe sobre et raffinée à la fois. Carla m’a alors demandé de l’essayer. A dire vrai, je ne m’y attendais pas et c’est avec un peu de fierté mais aussi un peu Hésitante que j’ai enfilé le costume. Et à ce moment-là, les autres qualités me sont apparues : il était agréable à porter et embellissait la personne qui le mettait, qualitée rares pour un costume traditionnel.
Mais ce qui est le plus important à souligner c’est que n’est pas une invention mais bien une naissance, fruit d’une histoire, celle de notre village et de ses habitants. Alors peut-être faut-il re-parcourir le chemin qui mène à cette réalisation et répondre à ceux qui se demandent à quoi sert un costume pou un petit village comme le nôtre. La première réponse qui vient à l’esprit est assez évidente : celui-ci permet de représenter notre commune lors de manifestations, de fêtes, pou les égayer et apporter une touche plus typique notamment pour développer une vocation de pays touristique. Mais un costume représentant la commune c’est aussi l’image de tous ses habitants qui ont un point commun, qui partagent des moments de vie quotidienne, unis par une même appartenance dans le présent mais surtout parce que le passé les a modelés. C’est donc un lien entre passé, présent et futur qui s’établit à travers cette représentation et également un élément de cohésion entre les Antesans. En créant un costume, nous allions transmettre une image des nos coutumes aux générations à venir et nous devions la chercher dans notre passé pour construire un pont, pour que nos racines puissent alimenter les futurs bourgeons.
Voilà pourquoi la naissance du costume marque une étape importante dans le projet de reconstruction de l’identité des Antesans, au même titre que le musée ethnographique.
Nous avons donc commencé notre aventure avec une certitude : il fallait s’inspirer de notre passé et entreprendre des recherches. Cependant, il fallait pouvoir donner à Carla Angster des indications plus précises afin qu’elle puisse s’engager sérieusement dans ce travail.
Le premier problème qui se posait était le choix des couleurs. Elles devaient être liées à notre commune. Or, considérant les portraits de nos aïeux, les couleurs étaient sombres, le noir dominant. Mais ce n’était pas spécifique à Antey. Seules les couleurs de l’étendard nous étaient propres.
Première décision, dans notre costume, il y aurait une alternance entre le bleu et le rouge, le noir pouvant être présent.
Une deuxième choix était essentiel : la période qui allait nous servir d’inspiration. Pour plusieurs raisons, la fin du XIX° et le début du XX° nous sont apparus intéressants. Ce passé n’étant pas très lointain, nous pouvions disposer de matériels plus précis, plus fiables comme portraits, photographies…

Mais surtout ce passé est entrain de disparaître de notre mémoire. En effet, si nous y pensons cette période bien que peu éloignée de la nôtre apparaît si différente déjà. En un siècle, les progrès scientifiques et technologiques ont révolutionné la vie de l’homme insérant une nouvelle donnée, la vitesse et transformant la vie quotidienne à un tel point que les plus jeunes ne peuvent imaginer ce qu’était la vie autrefois.
Enfin, la découverte par Carla Angster, dans le livre « Nos ancêtres. Il ritratto in Valle d’Aosta. XIX° e XX° secolo » di S. Barbieri e L. Ferretti (ed. Musumeci 1992), de deux portraits de femmes de la Valtournenche réalisés par le peintre Curtaz, dont un datant de 1840, nous a conforté dans notre choix et surtout a posé les bases des éléments de la coupe du vêtement féminin. C’est ainsi que de nombreux détails ont été conservés comme les larges manches un peu bouffantes avec les poignets plissés ornés de petits boutons, la coiffe noire présente sur les deux portraits tout comme la croix sur la poitrine attachée à un ruban noir et qui symbolise la foi fervente à cette époque. Un autre élément a été reproduit, le tablier ample et de couleur vive par dessus la robe. Et encore, le col d’une chemise qui dépasse. A remarquer la cape (double) qui est noire et que l’on retrouve comme élément vestimentaire essentiel au XIX° siècle. Pour les fillettes, la couronne alternant fleurs et fruits locaux ajoute une note de fraîcheur champêtre.
Pour le costume masculin, le même travail de recherche a permis de mettre en valeur la coupe et l’uniformité de la couleur grise relevée par un gilet rouge qui rappelle le costume féminin. La chemise révèle l’attention pour les finitions notamment le poignet et le col.
Enfin, le choix des tissus a été déterminant puisqu’il s’agit de tissus produits artisanalement, comme le drap de Valgrisenche travaillé sur un métier à tisser artisanal et la laine « cuite » obtenue à la suite d’une méthode de travail particulière dans des fûts de bois avec du vinaigre et du savon.
La réalisation de notre costume n’a été possible que grâce à l’extrême compétence professionnelle de Carla, que nous remercions vivement, mais aussi à l’enthousiasme qu’elle a mis dans ce projet et à son attachement aux traditions et à la culture valdotaines.
Les costumes ont été étrennés pour la foire du bois le 11 août 2002 et depuis ils ont été plusieurs fois demandés lors de manifestations sportives et traditionnelles dans notre vallée.
Un remerciement également aux jeunes gens et enfants qui ont avec élégance porté le costume d’Antey et à tius ceux qui ont cru et participé à cette réalisation.
